Le Rapport Rioux

Instituée en mars 1966 par le gouvernement de Jean Lesage, la Commission d’enquête sur l’enseignement des arts au Québec a pour mandat « d’étudier toutes les questions relatives à l’enseignement des arts, y compris les structures administratives, l’organisation matérielle des institutions affectées à cet enseignement et la coordination de ces institutions avec les écoles de formation générale » (Rioux, 1969, p. 9). Présidée par le sociologue Marcel Rioux, cette Commission procède, sur une période de deux années, à des consultations sur le territoire québécois et dans le reste du Canada, en Europe et aux États-Unis, commande des recherches et analyse près de 120 mémoires.

La Commission dépose son rapport en février 1969 dans un contexte politique défavorable à sa mise en œuvre. Les quatre tomes forment néanmoins un ensemble imposant et ambitieux : plus de 700 pages et 368 recommandations qui préconisent notamment une réorganisation majeure des structures administratives et l’élaboration d’une politique culturelle garantissant à tous un accès aux arts. Dépassant le simple cadre de l’analyse pragmatique, le Rapport Rioux tire ses conclusions d’une réflexion approfondie sur le rôle que devront jouer l’art, la culture et l’éducation dans la société post-industrielle qui s’annonce à l’époque : préserver l’être humain de l’aliénation économique et technologique en lui redonnant le contrôle de son potentiel créateur et les moyens de définir les normes de l’expérience humaine (Corbo, 2006).

Marcel Rioux

Marcel Rioux naît le 22 janvier 1919 à Amqui, au centre de la vallée de la Matapédia. Après ses études classiques au petit séminaire de Rimouski, il va à Ottawa en 1939 pour y étudier la philosophie chez les Dominicains et l’année suivante à Montréal pour étudier aux Hautes Études commerciales tout en continuant des études du soir en philosophie à l’Université de Montréal. De retour à Ottawa où il est introduit chez l’ethnologue Marius Barbeau et, tout en occupant un emploi routinier au gouvernement fédéral, il s’initie sous la direction de celui qui devient son beau-père ; en janvier 1942, il épouse la fille de Barbeau, Hélène.

Au lendemain de la guerre en 1946, Marcel Rioux se rend à Paris où il séjourne deux ans, suivant à la Sorbonne des cours, dont ceux de Georges Gurvitch ; il va aussi à des conférences au Musée de l’Homme, et à l’Institut de géographie. À son retour, il devient chercheur au Musée national du Canada, où il réalise ses premières monographies de Description de la culture de l’île Verte (1954) et Belle-Anse (1957). Il fait aussi des terrains chez les Iroquois. De 1958 à 1961, il est professeur à l’Université Carleton d’Ottawa où il enseigne surtout la sociologie, puis il revient au Québec et il poursuit sa carrière universitaire au Département de sociologie de l’Université de Montréal où il enseigne jusqu’à sa retraite en 1984 la théorie (le marxisme, la théorie critique) et la sociologie de la culture et de la connaissance. Il édite avec Yves Martin le premier recueil de textes sur La société canadienne-française (1964) ; il s’intéresse aussi aux grands changements culturels qui bouleversent la Québec et les autres sociétés post-industrielles : l’impérialisme américain, la contre-culture, la jeunesse.

Auteur prolifique, Marcel Rioux publie de nombreux articles et ouvrages, dont deux essais importants, l’un sur La question du Québec (1969) et l’autre sur la Sociologie critique (1978). Son dernier ouvrage a pour titre Un peuple dans le siècle (1990). Pour ses contributions scientifiques, Marcel Rioux obtient plusieurs reconnaissances, dont la Médaille Léo-Parizeau de l’ACFAS (1956) et le Prix Léon-Gérin (1978).

Dès milieu des années 1960, Marcel Rioux s’engage dans les débats politiques, d’abord contre le duplessisme en participant à la revue Cité libre puis au sein du Mouvement laïque de langue française fondé en 1961. Au lendemain de la victoire du Parti libéral du Québec dirigé par Jean Lesage, Rioux se déclare socialiste et participe à la création de la revue Socialisme 64 (1964) et à la fondation du Parti socialiste du Québec. Puis s’éloignant du fédéralisme, il s’implique dans le mouvement de renaissance du nationalisme. En 1976, il fonde la revue Possibles. L’une des contributions les plus significatives de Marcel Rioux, au carrefour de son engagement politique et de ses travaux universitaires, est sans aucun doute le Rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement des arts au Québec ou Rapport Rioux (1969).

Marcel Rioux meurt en 1992 : il incarne alors le modèle de l’intellectuel critique qui, contre tous les pouvoirs religieux, politiques et universitaires, a su préserver sa liberté de pensée.

Biographie rédigée par Marcel Fournier

Bibliographie

Corbo, Claude (2006). Art, éducation et société postindustrielle : Le rapport Rioux et l’enseignement des arts au Québec (1966-1968). Sillery : Septentrion.

Couture, Francine et Suzanne Lemerise (1992). Le Rapport Rioux et les pratiques innovatrices en arts plastiques. Dans L. Bernier et M. Rioux (dir.) Hommage à Marcel Rioux. Sociologie critique, création artistique et société contemporaine, (p. 77-94). Montréal: Albert Saint-Martin.

Haroun, Thierry (2011, 8 janvier). 42 ans plus tard – le rapport Rioux suscite toujours le débatLe Devoir.

Rioux, Marcel (1969). Rapport de la Commission d’enquête sur l’enseignement des arts au Québec. Québec: Éditeur officiel du Québec.

Rioux, Marcel (1975) La société, la culture et l’éducation. Dans P. W. Bélanger et G. Rocher (dir.), École et société au Québec. Éléments d’une sociologie de l’éducation. Tome 2, (p. 451-465). Montréal: Hurtubise HMH.

Note : Une bibliographie exhaustive est disponible dans l’ouvrage de Claude Corbo (2006).